Parlons filières... : Filière lait

Enjeux de la filière lait biologique

 

Certaines évolutions passées ou avancées obligent la filière lait, toute entière, à s’interroger sur son avenir :

          - L’arrêt des restitutions provoque un désintérêt de certains volumes par les transformateurs.

          - La restructuration des entreprises de transformation et des exploitations agricoles se traduisant par une concentration des moyens de productions pour répondre à un soi disant besoin de compétitivité.

          - L’arrêt en 2015 des quotas laitiers conduisant à une contractualisation des producteurs avec leur transformateur.

 

 

Ces évolutions n’épargneront pas la filière lait biologique et pourraient avoir des conséquences en contradiction avec le mode de production biologique et les valeurs défendues par le réseau. Tout en ne faisant qu’amplifier des constats déjà très négatifs :

          - La non-valorisation de la production en filière lait biologique liée à un éloignement des entreprises de transformation ou à l’excédent des produits sur le marché.

          - Un niveau de rémunération très différent selon l’accès à la filière ou à l’entreprise de collecte et suivant la taille de l’exploitation.

          - Un accès à l’information et à la formation inégal et non maîtrisé par les producteurs.

          - Une inégalité de traitement face aux aides publiques.

          - La non-maîtrise de l’évolution des cahiers de charges

          - La non-maîtrise de la communication sur la mise en marché des produits et de notre mode de production.

          - La non-transparence dans les marges pratiquées chez les différents acteurs de la filière.

          - Une non-rationalisation des circuits de collecte et de distribution.

 

 

Afin de défendre une filière lait biologique en adéquation avec ses valeurs, le réseau des producteurs biologiques s’est donné pour mission d’accompagner les évolutions à venir.

 

 

Pour en savoir plus, les lettres filières de la FNAB sont téléchargeables sur www.fnab.org.


Alerte rouge sur l’Europe laitière?

Depuis un an la filière laitière est sur son petit nuage... Tout va bien : le prix du lait, la demande mondiale, la météo avec  des fourrages et des céréales en abondance, donc une collecte qui  a  fortement augmenté  et qui nous permettra de faire le plein de notre quota national, juste avant sa disparition en avril prochain . Il serait temps que les prophètes de malheur reconnaissent enfin qu'ils ont eu tord d'annoncer cette sortie des quotas comme une catastrophe nationale, européenne  voire mondiale !  Apparemment tout va bien : le prix  du lait devrait rester élevé pour rattraper l'écart avec le prix allemand, la  croissance de la collecte  s'est prolongée l'été, la France est bien verte, les maïs  sont beaux et le prix des céréales est en baisse du fait d'une très bonne récolte mondiale.  Donc, toutes les conditions semblent réunies pour produire plus, ici en France,  chez nos voisins  européens, voire  au-delà !

Mais en levant la tête, on voit arriver de gros nuages, porteurs d'un autre message : Depuis janvier 2014, la collecte a progressé de 6% en France mais aussi de 5% pour l'ensemble de l'UE ;  soit 3.5 Mt en plus pour le 1er semestre. Comme personne ne parle d'excédents et de baisse du prix du lait, les éleveurs disposant de fourrages en abondance,  vont continuer à produire  beaucoup. Ils ont d'ailleurs gardé plus de vaches et de génisses en vue de la fin des quotas. Alors « si on peut produire plus  tout de suite et dans de bonnes conditions, pourquoi s'en priver, ce d'autant qu'il n'y aura pas de pénalités (?) car la France est en sous réalisation depuis 2009 »! Cela vaut aussi pour d'autres pays de l'UE dont le RU qui voit sa collecte décoller de plus de 10%, la Pologne et les pays Baltes de  7.5 a 12.5%.  Il n'est donc pas stupide de penser que la collecte laitière de l'UE 2014 pourrait être supérieure à 2013, de 5 à 7 Mt que nous transformerons essentiellement en poudre et  autres ingrédients pour le marché mondial. 

Un marché mondial limité avec 3 exportateurs principaux : l'UE, La NZ et les USA.                   

    - En NZ  aussi le prix du lait a  été particulièrement élevé depuis un an  (400€ /t depuis Janvier) et la collecte a cru de 10% environ soit + 2 M t pour le marché mondial. La nouvelle campagne laitière  vient juste de démarrer, avec de bonnes conditions météo, un effectif de vaches record  et une excellente trésorerie  permettant d'acheter ou non  du concentré selon la profitabilité à court terme. Même si le prix du lait descendait à 200 € /t  ces éleveurs résisteraient sans peine. Or le prix de base annoncé par Fonterra pour 2014-15 serait de 260 €/t, ( 6$ NZ  / KG MU contre 8.5 en Janv-Avril 2014, soit une baisse de près de 30%.).

    - Aux USA le prix du lait a aussi dépassé les 400 € /t et  devrait se maintient à un niveau élevé  les prochains mois. Le prix de l'aliment étant en baisse et les effectifs de vaches en hausse, la main d'œuvre mexicaine toujours aussi bon marché, la production est en hausse,  de l'ordre de 2%  et devrait se renforcer d'ici la fin de l'année. Le nouveau dispositif de garantie de marge sur coût alimentaire (Far Bill 2014-2018) se met en place dès septembre et sera pleinement opérationnel dès 2015. Il est ouvert à tous les producteurs quelle que soit la taille du troupeau. C'est un sacré filet de sécurité, surtout pour les très gros troupeaux hors sol... D'où un surplus pour le marché mondial de 2M t en 2014 et davantage en 2015...

 

Le volume de ce marché mondial étant de l'ordre de 55 à 60 Mt éqv. lait,  le surplus de lait de ces trois ( UE, USA NZ) sera l'ordre de 10 Mt sur un an, soit + 17-18% en regard d'une demande en  produits laitiers assez rigide (+ 1 -1.5 % au niv. mondial) Le marché mondial  était tiré par les  achats chinois... mais ces derniers semblent avoir fait le plein de stocks et leurs achats se sont ralentis. Et la conjoncture internationale n'est pas très porteuse, pour ne pas dire déprimée...même si les fondamentaux restent bons à plus long terme. Mais  c'est surtout l'embargo russe sur les produits laitiers UE qui pèse lourd immédiatement sur nos exportations donc sur nos surplus  de  fromages, ingrédients et poudres ...L'ensemble de nos exportations UE  représente  1.5% de la production UE  (moins d'1% pour la France mais plus de 20% pour les Pays Baltes et la Finlande) En clair pour l'UE il faut rajouter ces 1.5% aux 5% de surplus de production à exporter.

 

La Commission semble surtout s'inquiéter de l'embargo russe et laisse filer notre surproduction. Elle a tout fait pour décrédibiliser le projet Dantin (PE)d'une régulation volontaire indemnisée, soutenue par l'EMB et même par la FNPL, en affirmant qu'elle disposait  désormais des outils suffisants pour gérer les crises via l'intervention, bien mieux qu'en 2009 ! (réponse d'un chef de la DG Agri en avril 2013 à René Souchon  rapporteur de l'avis du Comité des Régions sur les risques liés à la fin des quotas laitiers) Certes Dacian Ciolos a toujours été  nettement plus attentif (que la DG AGRI) et plus soucieux des risques de dérapage de la production laitière  et des prix. Il l'a encore dit lors de la conférence laitière du 24 septembre 2013 à Bruxelles   mais il ne peut pas remettre en cause la stratégie libérale de la Commission  validée par le Conseil  et par le Parlement européen. Il a cependant mis en place un observatoire du marché laitier accessible à tous et actualisé chaque semaine, permettant de bien suivre la montée de la vague laitière. 

Cette Commission va changer,  le Roumain Dacian Ciolos sera remplacé par l'Irlandais Phil Hogan sauf avis défavorable du PE*.  JC Junker a adressé une lettre de mission à tous ses commissaires  fixant les priorités, notamment pour la mise en œuvre de la PAC 2014-20. Rien ne permet d'espérer un infléchissement de la stratégie libérale de la Commission : surement pas Junker et sa nouvelle Commission. Surement pas Phil Hogan, un Irlandais,  missionné par un petit pays qui rêve de produire 50% de lait en plus. Un pays qui s'est  mis en ordre de marche pour y arriver en mobilisant tous les acteurs  et notamment  les coop, la R&D et les PP. L'Irlande a les coûts de production les plus bas de l'UE (150€ / t  hors main d'œuvre familiale) et elle peut produire beaucoup plus de lait  à l'herbe  en réduisant  le troupeau allaitant  bovin et ovin. La plupart de ses producteurs peuvent survivre avec un prix d'intervention UE  de 215 € / t  Mais pas nos éleveurs en France, ni dans la plupart des pays de l'UE... Alors tant pis pour nous et les autres ?

 

La Bretagne  veut suivre l'exemple irlandais, en copiant les Danois. Le 11 septembre dernier  tous les acteurs de la filière laitière bretonne étaient réunis à Rennes pour lancer le plan de croissance laitière  2015- 2020, pour l'après quotas  permettant enfin « de libérer toutes les énergies » de cette région. Les chambres d'agriculture ont examiné différents scénarios de développement de la filière et les responsables professionnels veulent privilégier celui qui conduit à produire un milliard de litre de lait en plus  d'ici 2020  (soit 15 -20% de lait en plus avec moitié moins de producteurs. Les  groupes laitiers  Sodiaal et  Laïta  avaient déjà affiché des  projets de croissance équivalents. Au niveau de l'offre et de la transformation cela semble jouable, donc le mot d'ordre est clair «  la Bretagne doit foncer pour ne pas se faire doubler par d'autres régions ou pays »  Mais pour quels marchés, avec quels produits ? La course aux volumes et aux produits industriels est repartie comme en 1970...mais  désormais sans filet de sécurité. Après le poulet et le porc, les éleveurs  laitiers bretons paieront cher à leur tour... mais en appelleront encore à la solidarité  nationale et européenne. Alors qu'ils auront fait le vide dans beaucoup d'autres régions, juste en voulant produire plus, sans regarder au-delà de leur bonnet rouge!

Mais la prochaine crise laitière pourrait  bien vite calmer ces ardeurs ici et  aussi faire beaucoup de dégâts  partout  ailleurs, en France et en Europe!  Et depuis 2009, elle n'a jamais été aussi proche.                                                                                                                                                                    

André Pflimlin,   16 09 2014

Auteur  de  "Europe laitière; valoriser la diversité pour construire l'avenir" Editions France Agricole Nov. 2010

 

 

* la presse irlandaise n'est pas tendre avec P. Hogan


Dernière mise à jour le 14/10/2014

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